La téléopération signifie qu’un robot est piloté à distance par un humain en temps réel. L’opérateur porte généralement une combinaison de captation de mouvement (motion capture), un casque de réalité virtuelle ou tient des manettes spéciales, et le robot reproduit ses mouvements. Il voit alors le monde par les yeux (les caméras) du robot et peut même ressentir la force dans ses mains. Pour les humanoïdes, la téléopération est essentielle pour deux raisons.
Premièrement, elle permet au robot d’accomplir une tâche pour laquelle il n’a pas encore de programme autonome propre — l’humain la « réalise » tout simplement par les mains du robot. C’est aujourd’hui courant lors des démonstrations publiques et des déploiements pilotes, où un comportement pleinement autonome n’est pas encore fiable.
Deuxièmement, et c’est plus important à long terme, la téléopération est la principale source de données d’entraînement de qualité. Lorsque l’opérateur fait exécuter une tâche au robot une centaine de fois, il en résulte un jeu de données de paires « ce que le robot a vu → comment il s’est déplacé ». C’est à partir de celles-ci qu’apprend ensuite une politique autonome, par des méthodes comme l’apprentissage par imitation et le clonage comportemental. Ce cycle de collecte de données et d’amélioration du modèle est appelé volant de données.
Les exemples concrets sont bien documentés. Tesla Optimus a longtemps collecté des données en faisant exécuter des tâches au robot par des opérateurs en combinaison de motion capture ; selon des informations plus récentes, Tesla s’oriente aussi vers l’enregistrement d’humains à l’aide d’un harnais de caméras à la première personne. Sanctuary Phoenix fonde explicitement son approche sur la téléopération comme pont vers l’autonomie. Des plateformes de recherche comme Reachy 2 proposent la téléopération comme fonction standard de collecte de données.
Il est bon de distinguer le battage médiatique de la réalité : lorsqu’un robot paraît exceptionnellement habile dans une vidéo, il est légitime de se demander s’il agit de manière autonome ou si quelqu’un le pilote. Les fabricants sérieux indiquent aujourd’hui cette différence de façon transparente.